Nous n’avions pas prévu de passer en Bosnie-Herzégovine. Ce fut un coup de tête. Et quelle belle découverte !

Nous étions en Croatie depuis quelques jours sans vraiment y trouver notre place. Je rêvais de voir les cascades de Plitvice, nous avons donc été lá-bas. Nous n’étions alors pas loin de la Bosnie-Herzégovine. Comme nous ne connaissions rien de ce pays, on a décidé d’aller voir par nous même.

Au passage de la frontière, je me suis demandée ce qu’on foutait là. Les conducteurs se posaient la même question. On faisait la queue au milieu des voitures. J’ai eu mon premier tampon dans mon passeport. De l’autre côté, les bosniens attendent pour la douane hors de leur véhicule. Ils ont éteint le moteur et poussent la voiture sur quelques mètres quand la file avance.

Premier village, nous ressentons comme un malaise. On appréhende toujours un peu le nouveau pays dans lequel on entre. Le village frontalier semble à moitié abandonné. Nous croisons les premiers chiens errants. Ils seront partout dans le pays mais ne représentent pas un danger. Ils sont plutôt craintifs. Nous remontons plusieurs dizaines d’années en arrière. Les habitations, les poteaux électriques, les pubs, tout semble dépassé. Il est tard et la zone ne se prête pas au camping sauvage. Bref, il faut se lancer et demander à poser la tente dans un jardin. Première tentative, la dame ne parle pas anglais et ne comprend pas ce qu’on essaye de lui expliquer avec nos quelques mots de croates. Deuxième tentative, idem mais il appelle sa femme. Elle arrive toute souriante, et nous aborde dans un anglais parfait. Lorena est prof d’anglais. Elle nous accueille dans son jardin. Sa fille nous cueille des fleurs. Sa belle-mère nous offre du pain et du fromage frais faits maison. On se détend. Le quartier nous semble tout de suite plus accueillant. Il fallait dépasser nos a priori. Nous passons une agréable soirée avant de rejoindre la tente. Je somnole et sursaute,  j’entends pour la première fois l’appel à la prière. La mosquée est juste à côté.

Les fleurs d’Emma

Les chiens errants sont partout en Bosnie-Herzégovine

Le lendemain nous commençons l’auto-stop. La pratique est répandue dans le pays mais plutôt entre locaux. Malgré tout, nous avançons bien. Pour se requinquer, on peut prendre un petit café, seulement 0.50 BAM soit 25 centimes d’euros (presque 20 fois moins cher qu’en Suisse !).
En milieu de journée un couple d’allemands s’arrête. Leur voiture est pleine mais ils optimisent l’espace. On met les sacs sur les genoux et c’est parti. Julia et Filip ont six semaines de congés pour faire un tour des Balkans. En discutant nous découvrons que nous avons le même programme jusqu’à Sarajevo. Nous passerons finalement deux jours ensemble.
De la voiture, nous apercevons nos premiers panneaux « Mines, danger de mort« . Nous expérimentons les routes bosniennes. Nous quittons la départementale pour prendre une plus petite route mais néanmoins bien tracée en blanc sur notre carte. Rapidement l’asphalte disparaît. La route s’enfonce en forêt et monte sec dans les montagnes. Gros trous de caillasse ou bonne boue. Nous descendons souvent de la voiture en surcharge. Les paysages sont beaux et nous croisons quelques animaux. Mais jusqu’à la fin on s’est tous demandé si ça allait passer.

Autostop avec Filip et Julia

Petites routes bosniennes

Arrivés à la capitale nous reprenons chacun notre voyage. Sarajevo est une ville de contraste. La vieille ville est agréable. On y croise églises catholiques, orthodoxes et mosquées. Nous avons aimé prendre un café et manger des bureks (aux épinards, nos préférés) dans son petit quartier turc. Nous marchons jusqu’au quartier d’affaire, moderne avec ses tours de verre et grands magasins. Entre les deux, les immeubles semblent vétustes. Dans les rues transverses, on trouve des bâtiments en ruine,  souvenirs de la guerre. En y prêtant attention, partout en ville on peut voir des impacts de balles sur les murs. Au fil des rencontres nous ressentirons l’instabilité du pays. Certains habitants se sentent bosniens, d’autres serbes (« des serbes de la République serbe et pas des serbes de Serbie« ) ou encore croates. La plupart a connu la guerre, bien présente dans les esprits.

Mosquée, Sarajevo

Bazar du quartier turc, Sarajevo

Vestige de la guerre, Sarajevo

Les routes bosniennes nous ont donné envie de randonner un peu. On a trouvé une petite route entre Sarajevo et Mostar. On ne sait pas trop à quoi s’attendre. On y va avec un peu de stop pour quitter le goudron. Les bosniens qui nous prennent en voiture ne comprennent pas trop ce qu’on veut aller faire dans un coin aussi paumé.

Le conducteur : « Vous voulez aller à Dobro Polje ? »

Vincent : « Oui »

Le conducteur : « Il y a quoi à Dobro Polje ? »

Vincent : « Rien. »

Le conducteur : « Ah …Amusez-vous bien ! ».

Il nous lâche au milieu de nulle part. A côté, deux locaux nous regardent avec une incompréhension totale.

Sur la route, nous rencontrons Siniša. Il construit un « Fly phishing paradise » au bord de la Neretva à Ulog. Il nous propose de rester chez lui pour la soirée. La route monte dans la montagne, puis un virage sec. « Vincent, are you ready for something unusual ? » Le bithume devient chemin. La montagne, le ravin, la rivière au fond. On y est. C’est magnifique. Demain nous pourrons marcher !
Nous passons l’après-midi ensemble. On parle de nos pays. « France was a great country. But… Sarkozy, Macron…Who’s the fuck is Macron?! » Le soir, Siniša me fait une belle surprise. Un barbecue ! Le premier du voyage. Merci!

Le pré des vaches

Fly fishing paradise, Ulog

Nous marchons entre Ulog et Nevesinje. Ce chemin traverse une petite forêt puis la plaine à perte de vue. Nous ne verrons personne, pas un village pendant 3 jours. Un ruisseau nous offrira de l’eau, une petite lessive et une douche. Nous retrouvons le plaisir de la cueillette et débusquons même des champignons. Nous cuisinons au feu de camp.

Désert vert

Feu de camp, BiH

Désert vert entre Ulog et Nevesinje

A la fin de ce chemin,  une journée de stop nous attend pour atteindre Mostar. Milan et ses amis nous invitent à boire des bières dans un troquet au bord de la route. Le lendemain, un vendeur de petits cochons, remorque pleine, nous conduit jusqu’à la ville. Le vieux quartier (Stari Grad) vaut le détour, toute en pierres blanches avec son pont au dessus de la Neretva, rivière turquoise. Nous y rencontrons Chantal. Elle est partie à vélo et en train pour quatre mois dans les Balkans. Elle aime l’histoire et la culture. Elle nous offre une autre approche du pays.

Des bières avec Milan et ses amis, éleveurs de vaches

Stari Most, Mostar

Nous retentons une randonnée. Nous suivons la Ćiro Trail, ancienne voie ferrée aménagée en piste cyclable. Une semaine de marche pour rejoindre Dubrovnik.
Le soleil tape. Nous prenons un nouveau rythme : levés à 5h30, départ à la fraîche, pause de 13h à 16h à l’ombre. Pour passer le temps, on joue aux cartes, je dessine, on sieste, on mange et, avec de la chance, on trouve une bière en terrasse pas loin.
La piste traverse une végétation luxuriante, pleines de fleurs et d’oiseaux mais aussi quelques serpents, gros  lézards verts et tortues. Nous ramassons des asperges sauvages, de la sarriette et des fleurs de robiniers. On se lave dans la Neretva.
Nous devons traverser 13 tunnels. Je me découvre une peur bleue des chauves-souris. J’ai du mal à traverser les 340 mètres de tunnel. Le milieu de la montagne est dans le noir complet. La caillasse du chemin disparaît sous plusieurs centimètres fiantes. On le sent sous nos pas. Au dessus de nos têtes, on entend des dizaines de chauves-souris. Je broie le bras de Vincent en avançant. Je ne serai jamais une Sarah Marquis !

Nuit magique, BiH

Mines, Danger de mort

Ancienne voie ferrée, Ciro Trail

Poêlée d’asperges sauvages

Nous croisons des petits villages. Les bosniens sont généreux et accueillants. On ne le comprend pas toujours aux premiers mots. La langue et les expressions de visages sont difficiles à déchiffrer. On a parfois l’impression de déranger, mais finalement, ils reviennent avec de la nourriture et un grand sourire. Leurs invitations sont pleines de spontanéité. Dans les hôtels, on nous offre le café et le pain. Dans les villages, on nous invite à boire un verre. On nous remplit le sac de fromage et de charcuterie faits maison. On ne sait trop comment les remercier. Nos étoiles de papier nous semblent bien dérisoires.

Pause café (et tellement plus!) chez Milan e sa famille

Dîner offert par Costa (formage et pek fait maison!)

Merci Daniel pour cette nuit à l’abri

Après deux semaines en Bosnie-Herzégovine, nous retournons en Croatie, proche du Monténégro. Avant de descendre dans ce pays, nous devons remonter la côte. Mes parents nous rendent visite. Aller à contre sens nous fait mal aux pieds et au pouce mais je suis impatiente de les voir.