Après le dépaysement de l’Albanie, nous retournons dans l’Union européenne. La Grèce est notre dernier pays du continent.

Nous passons la frontière par l’autoroute. Des russes nous prennent en stop et nous lâchent juste avant l’échangeur, sur la bande d’arrêt d’urgence. On longera la voie rapide sur 2 kilomètres avant d’enjamber une barrière pour passer sur un terrain vague et rejoindre une route autostopable. Bienvenue en Grèce. Encore un pays sans code de la route.

Nous sommes confrontés aux premiers panneaux en grec. L’alphabet est complètement différent du nôtre. Il va falloir s’habituer, ça n’ira pas en s’arrangeant dans les pays suivants.

Sur le bord des routes, on croise à chaque kilomètre des minis églises orthodoxes. Parfois, des conducteurs s’arrêtent pour y mettre une bougie ou une photo. Les habitants sont très pratiquants dans le pays. Nos conducteurs font le signe de croix dès qu’ils passent devant une église. L’extérieur sobre contraste avec l’intérieur des monuments. J’écarquille les yeux quand je rentre. Les murs et les dômes sont entièrement peints, couverts d’icônes sur fond doré. Les meubles en bois sont finement sculptés.

Nous nous dirigeons en autostop vers les Météores. En chemin, nous attrapons notre premier tracteur et puis pick-up stop. On prend le vent chaud sur la route. Nous campons dans les villes et villages. On dort dans une école et sur un terrain de basket.

Les Météores sont grandioses. Six monastères orthodoxes perchés sur des pitons rocheux. On se demandent bien qui a eu l’idée de les construire ici et comment ils tiennent encore debout après tant d’années. Nous visitons le site à pied et trouvons une place pour notre tente cachée au milieu des monastères.

On a décidé de randonner dans le parc national du Mont Olympe. Nous reprenons donc l’autostop. En Grèce la pratique est un peu moins répandue mais on avance bien. On prend notre temps. On fait des pauses siestes, baignade, yam’s …

Le parc national du Mont Olympe est beau. Le sentier de randonnée européen E4 y passe. Il longe la rivière Enipeas qui se faufile entre deux montagnes. L’eau est turquoise et rafraîchissante. Nous passerons une belle soirée avec trois campeurs grecs, à boire du vin rouge. Un gros chien errant nous tiendra compagnie.

Le lendemain nous marchons jusqu’au refuge à 2100 mètres d’altitude. On y laisse nos sacs pour gravir les derniers mètres. Nous montons au sommet Mitykas, le plus haut de la Grèce avec ses 2918 mètres d’altitude. Pour arriver sur le trône de Zeus, il faut faire un peu d’escalade et ne pas avoir le vertige. Mais sans le sac à dos c’est un plaisir ! On en prend plein la vue.

Zeus voulait sa soirée peinard. Il nous envoie un orage. On redescendra sous la grêle et les éclairs. La lumière sur la montagne est magique. Par la suite, chaque soir jusqu’en Turquie, nous aurons le droit à un orage et à une belle averse.

À Thessalonique on goûte quelques spécialités culinaires. On mange des souvlakis (les grecs en Grèce) sur le pouce. On devient addict au café frappé (café mousseux et froid). Dans les rues, tout le monde en a un à la main.

Nous sommes acceuillis par Dimitri, un couchsurfeur-bikeur-autostopeur. Il a fait un tour d’Europe à vélo. Deux autres voyageurs sont de la partie. Jen et Lluis sont espagnols. Ils sont partis de Bangkok et rejoignent Barcelone à pied. Ils sont sur les routes depuis 2 ans et demi. On échangent nos conseils sur la suite du chemin. Leur récit me fait rêver.

Après Thessalonique, il nous reste un bon bout de Grèce à visiter mais la Turquie nous appelle. Je suis pressée de voir Istanbul. Nous sommes en manque de dépaysement. Vincent aimerait tenter le camion-stop. Nous rejoignons une station service en périphérie de la ville. Elle est connue pour être le point de pause des camionneurs turcs. Nous pensions que cela allait être compliqué de canvaincre un conducteur. Nous demandons au premier camionneur du café, Mustafa. En 2 minutes l’affaire est réglée. Il est d’accord. Le hic, c’est qu’il attend une cargaison pour repartir. Il est là depuis 7 jours déjà et il ne sait pas quand elle arrivera. Nous passons la soirée avec lui à boire du wisky et à parler en allemand et en dessin (ma langue préférée). Nous dormons dans son camion. Le lendemain, un collègue arrive. Son camion est près à partir. Mustafa nous introduit. Nous allons à Istanbul avec Anatole! 2 jours de route. Nous avons un aperçu de l’hospitalité turque. Anatole nous offre le café, les repas et nous fait découvrir le Yeni Raki (eau de vie à l’anis à couper avec de l’eau fraîche). Ça tape bien, idéal pour passer une bonne nuit dans un camion.

À la frontière, nous quittons l’Europe. Nous l’avons traversée en presque 8 mois. Un peu plus de 5000 kilomètres dont une belle moitié à pied.

À nous l’Asie !