Amélie : Partir oublier le temps

A mes vingt ans, j’avais envie de voyager par curiosité et pour l’enrichissement personnel. Visiter le vaste monde, découvrir les autres cultures, échanger avec des personnes de tout horizon. Mais je m’imaginais plutôt passer trois semaines de congés dans un pays différent chaque année. J’avais le sentiment d’avoir trop d’attaches en France pour partir un an ou plus.

La fin d’étude, la proposition d’emploi et l’aménagement sont vite arrivés. Les congés aussi, mais pas de voyage.

Après quatre années de travail, la petite boîte d’experts qui m’a recrutée est rachetée par un monstre du conseil. Firme hiérarchisée, procédurière et déshumanisée. Je prends un peu de recul sur mon parcours. Je me demande comment j’ai pu mettre de côté ce que j’ai tant aimé. La randonnée en montagne, en pleine nature, le dessin, le bricolage, le jardinage, etc.

Je décide de partir en vacances avec mes frères. Nous choisissons les Pyrénées. Je me remets à marcher et à dessiner. Avec la reprise du boulot, je tente de continuer mes projets personnels à mes heures perdues. Je m’imagine que cela va me suffire. Mais j’ai l’impression de courir après le temps. La perspective de passer la majorité de ma vie assise dans un bureau me paraît complètement absurde. Comment ai-je pu faire ce choix ?

Cela fait maintenant quatre ans et demi que je travaille. J’aimerais changer de vie. Partir au calme, avec un petit coin de terre et un emploi me laissant davantage de temps libre.

Tout recommencer, c’est se relancer pour au moins trois années dans un projet professionnel. Or, mes envies de voyage ne m’ont pas quittée et j’ai pris du retard pendant toutes ces années. Vincent commence à me parler de la Chine.

J’ai toujours la même curiosité mais d’autres raisons me poussent à partir. Je ressens le besoin d’une coupure pour me recentrer pleinement sur mes aspirations personnelles. J’ai l’impression d’avoir été absorbée par la société. Et surtout, j’ai besoin de prendre le temps, ou plutôt, de perdre la notion du temps.

Amélie.

Amélie randonne sur le GR5


Vincent : Vivre plus simplement, plus libre

Ma première randonnée sur plusieurs jours s’est déroulée lors de l’été 2014, je l’ai effectuée avec mon frère et mon cousin dans le ballon des Vosges. C’est ainsi qu’a débuté une véritable passion pour la nature et la randonnée. J’ai ensuite enchainé plusieurs randonnées de plusieurs centaines de kilomètres (dans les Ardennes, dans les Alpes, en Corse, en Norvège) et petit à petit une idée s’est formée : la randonnée me procurant un tel bien, pourquoi ne pas traverser notre continent ? À pieds…

Cette idée a ensuite mis son petit bout de temps à murir puisque c’est en juin 2017 que cette aventure doit débuter. Les raisons qui me poussent actuellement à entreprendre ce voyage sont les suivantes :

Randonner. Je l’ai déjà dit plus haut, depuis 2014, la randonnée est pour moi une passion. Cette activité me permet d’être proche de la nature, de voir des paysages magnifiques, de me ressourcer, d’être au calme et, accessoirement, de me déplacer.

La nature. Je compte passer une partie importante de ce voyage dans la nature. La nature est une grande source d’énergie et si de nos jours certains peuvent en avoir peur, celle-ci peut s’avérer être une alliée puissante quand il s’agit de randonner. La nature regorge de nourriture : sur les 12000 espèces de plantes vasculaires d’Europe, 1200 sont comestibles. Encore faut-il apprendre à les reconnaitre pour ne pas confondre une plante comestible avec une plante toxique. Dans le doute, il vaut toujours mieux s’abstenir. La nature peut également nous fournir l’eau, le feu, de quoi soigner des maladies, de la corde, des abris, etc. Trois ans se sont écoulés depuis mon premier bivouac, et l’appréhension de ces différents sujets m’apporte une sensation de légèreté et de liberté lors de mes excursions. Je veux donc renforcer mon lien avec cette nature, car sans elle, nous ne sommes rien.

Voir des paysages magnifiques. Parce qu’après avoir vu les lacs de Plitvice en Croatie, Trolltunga en Norvège, le parc naturel des ballons des Vosges, le parc du Mercantour, et tant d’autres. Je suis sûr qu’il reste encore énormément d’endroits magnifiques sur notre planète et je suis impatient de les découvrir.

Rencontrer d’autres personnes, d’autres langues, d’autres cultures. Voyager c’est également rencontrer des gens. J’ai effectué du stop et dormi chez l’habitant à plusieurs reprises durant mes voyages et j’ai toujours été agréablement surpris. Je trouve que c’est un bon moyen de découvrir les habitants et leur culture, d’échanger simplement et se ressourcer avant de repartir pour de nouvelles aventures.

Découvrir notre planète, de mes propres yeux, avec mes propres pieds et faire ma propre expérience des ces aventures, pour peut-être, obtenir un regard nouveau sur le monde. Les médias nous montrent majoritairement ce qui apporte de l’audience : catastrophe naturelle, meurtre, trafic de drogue, terrorisme, émission de télé-réalité … L’école nous apporte diverses connaissances, nous apprend à être un bon petit citoyen, à marcher dans les clous, à trouver un métier qui nous convient pour gagner de l’argent et « réussir dans la vie ». Je veux mettre de côté toutes notions de jugement, de biens et de mals, et découvrir le monde au delà de ce que la société m’en a appris.

Vivre plus simplement, plus libre. Diminuer les interruptions constantes de notre société moderne : téléphone, ordinateur, rendez-vous et autres contraintes horaires pour me rapprocher de mes besoins élémentaires et vivre une liberté plus profonde. Dans ce monde ou beaucoup de choses sont régies par l’argent. Certains pensent que l’on a besoin d’argent pour vivre ;  je pense que l’on a surtout besoin d’air, d’eau, de nourriture et d’un peu de chaleur (des éléments que nous passons une bonne partie de notre temps à polluer). Essayer de vivre plus simplement et avec moins d’argent.

Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui-même. On croit qu’on va faire un voyage mais bientôt c’est le voyage qui vous fait ou vous défait. – Nicolas Bouvier